Oui, deux hommes, tous deux nés de femme et
venus nus dans ce monde ; mais héritages, sagesse humaine,
mais peut-être hélas ! Ruse et extorsion, ont fait de l'un
"un riche". L'autre, la maladie, l'incapacité de
travail découlant d'elle, en ont fait "un pauvre".
Ce n'est pas un péché d'être riche ; c'est
Dieu qui avait permis les circonstances de ces deux hommes ; il
est simplement dit : Ps. 62, 10 : "Si les biens
augmentent n'y mettez pas votre cœur", et pour le croyant
ils sont administration confiée dont il faudra rendre compte. L
'homme de ce monde le devra aussi, mais dans un tout autre ordre
de pensée. Un croyant déjà riche, héritait - il y a bien des
années - de deux millions ; il écrivait à un ami :
"Priez beaucoup pour un pauvre homme, je viens d 'hériter de
deux millions" ; quand on entre dans la richesse avec
cette crainte, on peut être gardé et l'administration sera sans
reproche.
Le riche de la parabole n'en était pas là,
tout était pour lui, pour son corps et pour son coeur
charnel ; il se vêtait de pourpre - c'est la gloire humaine
recherchée - il se vêtait aussi de fin lin - n'était-il pas
religieux - le fin lin nous parle de justice ; les mets les plus
recherchés étaient sur sa table, il pouvait exercer quelque
charité envers les pauvres, pourvu que cela soit vu et connu (il
n'y avait pas alors de listes de souscription où l'on étale son
nom, mais le principe est le même). Cet homme semble ne pas
connaître Lazare, les chiens seuls le connaissent et, malgré
leur inconscience, ils lui apportent quelques faibles
soulagements. Non, Lazare n'intéresse pas le riche, même les
miettes de sa table ne parvenaient pas au pauvre déshérité.
Seulement souvenons-nous que le nom de Lazare, qui nous est
précieusement rappelé par le Seigneur, signifie "Dieu est
mon secours". Le riche n'est pas nommé, il est inconnu dans
les annales du ciel.
Mais les choses changent. Ce qui atteint le
riche et le pauvre, la conséquence du péché sur le corps les
atteint les deux; la mort intervient. Pour cesdeux hommes qui ont
vécu côté à côte, qu'une porte seulement séparait, quelle
différence désormais.
Lazare meurt le premier, mais considérons
d'abord le riche à ce moment suprême. Il nous est dit qu'il fut
"enseveli" ; oh, certainement avec les honneurs par
lesquels l'homme cherche à se cacher à lui-même le sort affreux
de ce corps choyé, soigné, et qu'il faut abandonner aux vers et
à la pourriture. Mais, pendant que sur la terre, cortège et
discours, (pour parler un langage actuel), accompagnent ce corps,
l'âme est déjà dans le hadès et comprend avec une terreur
indicible les terribles conséquences d'une vie perdue, quoique
donnée pour se préparer à l'éternité, et les épouvantables
réalités d'une éternité loin de Dieu, seule source du bonheur.
Ce passage est le premier dans la Parole, où
le regard plonge jusqu'au fond de l'éternité, pour y trouver
l'aboutissement des deux chemins dont nous nous occupons dans ces
pages. Le regard spirituel pénètre jusqu'au fond de la
révélation divine ; la pensée de cet homme s'ouvre enfin sur ce
qui est, il est perdu pour jamais. On est même étonné
qu'il ait une parole d'intercession pour ses frères, mais
n'est-ce pas un avertissement de plus de la part de Dieu, qu'un
bon sentiment reçu avec grâce sur la terre, n'a plus de place en
ce lieu, tout est fini. "Il n'y a ni combinaison, ni sagesse
dans le shéol où tu vas" (Ecc. 9, 10).
Lazare mort auparavant, délivré de ses
souffrances, est porté par les anges dans le sein d'Abraham.
C'est un "hébraïsme" ; le Seigneur parlait à des
Juifs inconvertis à l'égard du bonheur des bienheureux. Pour
nous, éclairés par les parfaits résultats de l’œuvre de
Christ et les révélations complètes du Nouveau Testament, nous
dirons simplement : "il s'agit du lieu où conduit
et aboutit la foi" ; la présence de Jésus réalisée
par l'âme, dans le repos, attendant la gloire avec Lui quand tous
les rachetés seront réunis, remplace pour nous avec une joie
indicible, le "Sein d'Abraham" espérance juive.
Résumé des deux chemins. Parti du palais, le
riche, comblé sur la terre et ayant vécu dans l'égoïsme,
arrive en enfer, non encore ouvert - il le sera en Apoc. 19,
20 - mais c'est le lieu où son chemin aboutit. Le pauvre Lazare,
méprisé, couvert d'ulcères, quitte la compagnie compatissante
des chiens pour entrer dans le grand et éternel repos de Dieu,
que son nom annonçait pour lui. Comme toujours dans ces exemples
: le ciel et l’enfer.