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Pour l'instant, seuls les 35 premiers chapitres sont disponibles. 

Caractères d'Esaïe et sa place comparativement aux autres prophètes

Introduction

Nature de la prophétie

Objet de la prophétie

Occasion de la prophétie

Sphère de la prophétie

Langage de la prophétie

Prophéties de l’AT à NT

Résultat général de la p.

Autres comm + conclusion

Accès direct aux chapitres d’Ésaïe. Le texte biblique est parfois précédé, au début des chapitres, par un encadré qui facilite la compréhension du livre en le subdivisant : 01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35

Accès aux commentaires des chapitres : 01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35

Caractères d'Esaïe et sa place comparativement aux autres prophètes
Esaïe se distingue des autres prophètes par le sublime de ses conceptions, l'élévation de ses sentiments, la magnificence de son style, et il s'en distingue aussi par l'ampleur et la variété des sujets. Esaïe réunit donc beaucoup de choses. Il y a aussi trois caractères réunis en lui: 1) la plus profonde émotion poétique associée au sentiment le plus pur. 2) il y a ensuite l'activité pratique la plus infatigable avec les résultats les plus heureux. 3) et enfin la facilité, la beauté d'expression de la pensée qui a la prérogative du vrai poète. Et bien cette triple combinaison est réalisée chez Esaïe comme elle ne l'est chez aucun autre prophète. Le ME 1918, p. 129 à 134, est remarquable à ce sujet.

Remarquons que Osée, Amos, Michée, traitent de diverses manières les mêmes sujets qu'Esaïe. En effet, ils étaient plus ou moins contemporains. Abdias, Jonas et Nahum, rendent témoignage au jugement du monde sous une forme ou sous une autre. Joël et Habakuk limitent leur témoignage aux derniers jours. Sophonie, qui prédit le jugement de Jérusalem, coupable des nations, proclame leur bénédiction lorsque Dieu convertira et rétablira le résidu de Juda, et prendra son plaisir en lui. Quant aux trois prophètes de retour de la captivité, Aggée, Zacharie et Malachie, ils ne parlent que des Juifs comme appartenant prophétiquement à Dieu. Malachie signale l'apostasie et la corruption des Juifs rentrés dans leur pays mais distingue un résidu pieux.

Introduction
Esaïe est donc à la tête des prophètes écrivains. Ils étaient pour le peuple d’Israël ce que les évangélistes sont maintenant pour le monde. Leur ministère exigeait un changement ou une conversion. Ils appelaient à la repentance. Ces prophètes étaient distingués par des traits caractéristiques et celui qui était le plus important était que l’Esprit parlait par eux.

Esaïe a parlé lorsque l’Eternel reconnaissait encore son peuple. Son long ministère a lieu entre les années 760 et 700 avant J.-C., soit une période d’environ soixante années. Pendant ce ministère, Dieu met fin au royaume d’Israël alors que Juda subsistera encore pendant plus d’un siècle. Esaïe est le plus ample des prophètes puisque tous les grands sujets de la prophétie s’y trouvent. Il y a les jugements sur Israël et sur les nations (qui sont des verges de Dieu). Ces nations sont d’orgueilleux oppresseurs d’Israël mais que Dieu utilise pour châtier ce peuple rebelle. Esaïe présentera aussi le résidu d’Israël selon l’élection de la grâce (Rom. 11, 5 et 9, 29). Il y a aussi la rédemption, les délivrances, le Messie, le règne millénaire fruit de la grâce et du salut.

Le livre d’Esaïe est formé de deux parties: les chapitres 1 à 35 puis 40 à 66. Les chapitres 36 à 39 sont ce que l’on appelle un intermède historique.

Dans les chapitres 1 à 35, il y a la prophétie appliquée à Israël aux derniers jours. Il y a aussi une prophétie pour les nations qui entrent en contact avec lui. Israël n’est pas encore Lo-Ammi et l’Assyrien est en vue. Cette première partie nous conduit à la bénédiction millénaire sous le règne du Messie.

La seconde partie des chapitres 40 à 66 nous entretient du Messie: sa venue, son sacrifice, son règne. L’Eternel entre en discussion avec son peuple au sujet de leurs péchés, c’est-à-dire de l’idolâtrie, puis du rejet du Messie auquel Dieu donnera gloire et puissance. Alors, par le Messie, le peuple sera restauré et aura part à la gloire.

Enfin, l’intermède des chapitres 36 à 39, connu pour les événements arrivés aux jours du prophète, contient en quelque sorte le canevas d’une prophétie future en rapport avec l’attaque de l’Assyrien. C’est un sujet capital de la prophétie d’Israël, un point culminant du tumulte des rois de la terre contre l’Eternel et son Oint. L’Assyrien occupe Israël alors qu’il n’est pas encore Lo-Ammi tandis que Babylone et les bêtes (monarchies successives représentées par des bêtes, notamment dans Daniel) occupent Israël dont Dieu a dit "plus mon peuple" (Lo-Ammi).

Dans ce prophète, comme dans la prophétie en général, des figures sont employées. Parfois, elles sont entremêlées avec des expressions littérales, de sorte qu’il n’y a pas de règles exactes pour distinguer ce qui est figuré d’avec ce qui est littéral. Il faut donc le secours du Saint Esprit et l’intelligence spirituelle pour comprendre le vrai sens des passages. Il peut aussi y avoir des miracles mais Esaïe ne mentionne que celui en rapport avec l’histoire d’Ezéchias. Ce miracle a eu lieu afin que le peuple de Juda soit réveillé. Juda était sur le même pied qu’Israël apostat. Dans ce sens, un nouvel objet de foi peut exiger des miracles. A l’inverse, ce qui est fondé sur la Parole, reconnue, n’a pas besoin d’être accepté comme un nouvel objet de foi et par conséquent il n’y a pas besoin de miracles pour établir son autorité. Et cela est indépendant de l’accroissement de lumière ou des appels produits par le ministère d’un prophète. Il fallait donc un miracle pour réveiller le peuple et il eût lieu dans l’intermède des ch. 36 à 39. Mais ce n’était qu’un sursis.

Les trois tableaux qui se retrouvent sans cesse dans Esaïe sont 1) la ruine morale quasi constante d’Israël. Puis 2) l’annonce des jugements de Dieu sur son peuple. Ces jugements sont nécessaires afin que ce peuple soit purifié puis restauré. Enfin 3) l’annonce de cette restauration finale, Israël devenant le centre de cette période bénie d’une durée de mille ans. Ruines, jugements, bénédictions: c’est le cadre initial de la prophétie. Rappelons que tous les événements prédits dans Esaïe sont encadrés dans la préface des quatre premiers chapitres. Si le chapitre 1 présente l’exposé le plus général et le plus complet de la prophétie, les chapitres 2, 3 et 4 nous offrent surtout le tableau du jugement suivi de celui de la restauration (le jour du Seigneur). Cela en deux esquisses différentes, inverses, comme nous le verrons. Mais partout l’Esprit montre la corruption d’Israël qui amène les jugements et Dieu qui plaide pour restaurer et bénir. Remarquons que la restauration d’Israël est une œuvre extérieure puisque le méchant sera consumé du milieu de lui selon ch. 1, 28. Mais ce sera aussi une œuvre intérieure où il y aura de la repentance, selon v. 29. Au chapitre premier, le jugement prend une place centrale tout comme la justice divine au chapitre deux, de même que l’amour divin, objet des chapitres trois et quatre.

Nature de la prophétie
La parole prophétique, c’est la communication de la part de Dieu de choses à venir et cette Parole, selon Pierre, est une lampe. Elle met donc au jour le mal de l’homme et ce mal sera jugé. Ensuite un royaume sera établi. Ainsi la prophétie constitue la garantie de la foi lors de la transgression d’Adam. Dès lors, toute l’espérance de l’homme se porta sur la semence de la femme dont le talon meurtri devait briser la tête du serpent. Dieu donne ainsi à entendre qu’il y aurait dans l’avenir un Libérateur qui allait souffrir profondément lui-même mais écraser l’ennemi qui avait si tôt et si complètement écrasé l’homme. Mais cet homme, semence de la femme, devait être infiniment supérieur à l’homme, non seulement pour résister au serpent ancien, mais pour détruire sa puissance sans retour. Dans la Bible, les mots prophète et prophétie sont employés lorsqu’il y a communication de la pensée de Dieu: que ce soit en Gen. 20, 7, au Ps. 105, 15, en Jean 4, 19, ou en 1 Cor. 14, 24-25. Mais le sens strict est en rapport avec la révélation de l’avenir.

 

Objet de la prophétie
La Parole elle-même nous présente l'objet de la prophétie. Cela enlève toute équivoque. Le passage du 2 Pi. 1, 19-21 est remarquable:

Et nous avons la parole prophétique [rendue] plus ferme, (à laquelle vous faites bien d'être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur), jusqu'à ce que [le] jour ait commencé à luire et que [l']étoile du matin se soit levée dans vos cœurs, sachant ceci premièrement, qu'aucune prophétie de l'écriture ne s'interprète elle-même.  Car [la] prophétie n'est jamais venue par la volonté de l'homme, mais de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l'Esprit Saint. 

La parole prophétique fut ainsi confirmée par la vision sur la sainte montagne où le roi apparut transfiguré et où les saints de l'ancien testament étaient représentés par des témoins choisis du sein d'Israël dans leur corps naturel. La voix du Père se fit entendre du milieu de la gloire magnifique en proclamant tout le bon plaisir qu'il avait trouvé en son Fils, centre de la cène tout entière. Chaque prophétie fait partie d'un grand tout et Christ, le roi, en est le centre. Tout dirige nos regards vers lui. Christ, vu dans ses gloires diverses (cf Es. 11, 10; Dan. 7, 14, Zach. 4, 14, etc), est la clé de tout. Cela ressort aussi spécialement dans les épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens. L'omission de ce fait, à savoir de connaître ce que Dieu a révélé, affaiblit les pères de l'Eglise, les Grecs, les Orientaux, les Coptes, les Abyssins, les Romains, les Anglicans, les Réformés, les Luthériens, les Moraves, etc. Ce qui rend toutes choses claires dans l'Ecriture, et assigne à chacun sa vraie place, que ce soit Israël ou les Gentils, c'est la relation spéciale avec Christ. Quant à l'Eglise, étant un mystère caché dès les siècles, elle n'est pas l'objet des prophètes. L'Eglise peut être considérée comme liée avec Christ et éclipsée en Lui (cf Es. 50, 8-9 avec Rom. 8, 33-34).

Occasion de la prophétie
L’occasion ou la raison morale de la prophétie réside en ce que l’homme s’est détourné de Dieu et Dieu envoie sa parole qui convainc de péché et qui promet son intervention en puissance pour délivrer ceux qui croient par le jugement de leurs adversaires qui sont aussi ceux de Dieu. Nous voyons déjà cela dès la chute de l’homme, en Eden. Mais remarquons que l’état d’innocence, avant la chute, ou celui de fidélité après elle, ne donne lieu à aucune prophétie mais la prophétie met à nu le mal chez la créature et présente la ressource assurée en Dieu qui introduira non seulement le jugement du mal mais une espérance meilleure, le premier Adam étant remplacé par le second. Et celui qui annonce le bien, c’est Christ qui est le vrai sujet de toute prophétie annonçant le bien. Christ est l’objet, le garant, non seulement de toutes les prophéties présentées à la foi, mais aussi de l’exécution de sa colère et de ses menaces. Il est Fils de Dieu pour ce qui concerne la vie éternelle en faveur de ceux qui croient. Il est en même temps fils de l’homme, exécuteur du jugement, sur ceux qui ne croient pas. Quant à Esaïe, l’occasion de la prophétie n’est autre que la ruine d’Israël. Cette ruine occupe une place importante dans les premiers chapitres. Deux côtés du jugement sont présentés, comme souvent, à savoir le jugement final et la miséricorde pour le résidu repentant.


Sphère de la prophétie

La prophétie s’occupe de la terre et par conséquent d’Israël et des nations. L’on peut toutefois y voir apparaître les principes qui s’appliquent parfaitement aux chrétiens, à l’évangile, et à l’Eglise. Mais il est cependant évident que l’Eglise et le christianisme, comme tels, sont en dehors des limites de la prophétie. Les choses présentées par la prophétie diffère totalement de celles propres à l’Eglise. Par exemple, l’espérance de l’Eglise est indépendante de tout événement sur la terre (cf Jean 14, 1-2).
La sphère de la prophétie, c’est aussi la terre et quelle réjouissance lorsque nous lisons Esaïe 11, 9. Mais si la terre sera pleine de la connaissance de l’Eternel, l’Eternel la jugera aussi, selon 11, 4, cela pour préparer la bénédiction ici-bas. Ce passage est rattaché à la manifestation de Jésus en 2 Thess. 1, 8. Nom. 14, 21 est aussi similaire. Oui, la terre sera remplie de la gloire de l’Eternel et Hab. 2, 12-14 est encore plus explicite. Ce qui inaugurera la délivrance, la bénédiction et la gloire de la terre, ce ne sera pas l’évangile de la bouche de l’homme, mais le jugement de la main de l’Eternel.

Langage de la prophétie
Il y a différentes façons de s’exprimer. Et le langage prophétique n’est pas aussi obscur qu’il n’y paraît. Il est, en grande partie, figuré. Cette façon de s’exprimer est courante, notamment en histoire. Lorsque le langage est littéral, ou mystique, ou encore allégorique, ou en paraboles (ou son abrégé: le proverbe), il y a une variété remarquable dans ce langage afin de pouvoir collecter la vérité. Mais il ne faut pas confondre cette variété avec le langage figuré. Il y a aussi le langage symbolique qui est cependant exceptionnel. Ce langage semble être restreint à la prophétie pendant les temps des Gentils comme dans le prophète Daniel. Quant au sujet de la prophétie, il n’est pas idéal mais réel. Le sujet peut être un fait ou un lieu, un individu ou un peuple, un temps ou un état de choses. Ce qui est communiqué est une réalité et non une figure. L’Apocalypse utilise aussi beaucoup les symboles. Dans ce langage, il faut être simple et réel car il est absurde d’enseigner qu’Israël veut dire l’Eglise ou que Jérusalem signifie la nouvelle Jérusalem. Le grand sujet de la prophétie c’est Christ et bien des incrédules ont trouvé le Sauveur en raison de l’exactitude des prophéties déjà réalisées.

Prophéties de l'Ancien Testament citées dans le Nouveau
La Parole est claire. Citons simplement :
Matt. 1, 23 qui cite Es. 7, 14 en rapport avec la naissance du Messie. Et quant au lieu où le Messie devait naître, les principaux sacrificateurs et les scribes eux-mêmes pouvaient répondre sans hésitation pour le désigner. Ce lieu qui est Bethléhem selon Mich. 5, 2 et Matt. 2, 4-6.

On peut lire la Parole à la lettre
.

Résultat général :
En somme, on peut dire que le Nouveau Testament fournit la preuve ample et claire que les prophéties de l’Ancien Testament ont été accomplies d’une manière d’autant plus frappante qu’elles sont choisies dans chacune de ses trois parties soit la loi, les Psaumes et les prophètes. Le centre commun, c’est Christ. Comme résultat général, la prophétie a en vue Israël et non l’Eglise. Appliquer littéralement des passages de la prophétie à l’Eglise revient à tordre en plusieurs points les Ecritures. Les grandes églises de la chrétienté, mais aussi de petites, ont ainsi tordu bien des choses parce que se trompant à la base. Il y a ainsi beaucoup d’absurdités qui ont cours depuis plusieurs siècles et qui seront là jusqu’à la fin de l’histoire de l’Eglise sur la terre. Mais cette confusion, ces absurdités, disparaissent lorsque les saints prennent la Parole telle qu’elle a été dictée par l’Esprit Saint.

Chapitre 1 - Texte biblique

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Les chapitres 1 à 4
Ils forment l’introduction du livre avec la bénédiction à la fin. La bénédiction des Juifs précède celle des Gentils

Chapitre 1 v. 1-31
L’Eternel parle à son peuple

1 La vision d’Ésaïe, fils d’Amots, qu’il a vue touchant Juda et Jérusalem, aux jours d’Ozias, de Jotham, d’Achaz, et d’Ézéchias, rois de Juda. *
2 Écoutez, cieux, et prête l’oreille, terre ! car l’Éternel a parlé : J’ai nourri et élevé des fils, et ils se sont rebellés contre moi.3 Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître ; Israël ne connaît pas, mon peuple n’a point d’intelligence. 4 Ha* ! nation pécheresse, peuple chargé d’iniquité, race** de gens qui font le mal, fils qui se corrompent ! Ils ont abandonné l’Éternel, ils ont méprisé le Saint d’Israël ; ils se sont retirés en arrière. 5 Pourquoi seriez-vous encore frappés ? vous ajouterez des révoltes ! Toute la tête est malade et tout le cœur défaut. 6 Depuis la plante du pied jusqu’à la tête, il n’y a rien en lui qui soit sain : [tout est] blessure, et meurtrissure, et plaies vives ; elles n’ont pas été pansées, ni bandées, ni adoucies avec l’huile. 7 Votre pays est dévasté, vos villes sont brûlées par le feu ; votre terre, des étrangers la dévorent devant vos yeux, et elle est dévastée, comme ruinée par des étrangers. 8 Et la fille de Sion est laissée comme une hutte dans une vigne, comme une cabane dans un champ de concombres, comme une ville assiégée. 9 Si l’Éternel des armées ne nous eût laissé un bien petit résidu, nous aurions été comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe.
10 Écoutez la parole de l’Éternel, chefs de Sodome ; prêtez l’oreille à la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe. 11 À quoi me sert la multitude de vos sacrifices ? dit l’Éternel. Je suis rassasié d’holocaustes de béliers, et de la graisse de bêtes grasses ; et je ne prends pas plaisir au sang des taureaux, et des agneaux, et des boucs. 12 Quand vous venez pour paraître devant ma face, qui a demandé cela de vos mains, que vous fouliez mes parvis ? 13 Ne continuez pas d’apporter de vaines offrandes : l’encens m’est une abomination, — la nouvelle lune et le sabbat, la convocation des assemblées ; je ne puis supporter l’iniquité et la fête solennelle. 14 Vos nouvelles lunes et vos assemblées, mon âme les hait ; elles me sont à charge, je suis las de les supporter. 15 Et quand vous étendrez vos mains, je cacherai de vous mes yeux ; quand même vous multiplierez la prière, je n’écouterai pas. Vos mains sont pleines de sang. 16 Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux le mal de vos actions ; cessez de mal faire, 17 apprenez à bien faire ; recherchez le juste jugement, rendez heureux* l’opprimé ; faites droit à l’orphelin, plaidez la cause de la veuve.
18 Venez, et plaidons ensemble, dit l’Éternel : Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils seront comme la laine. 19 Si vous êtes de bonne volonté et que vous écoutiez, vous mangerez des biens* du pays ; 20 mais si vous refusez, et que vous soyez rebelles, vous serez consumés par l’épée ; car la bouche de l’Éternel a parlé.
21 Comment la ville fidèle est-elle devenue une prostituée ? Elle était pleine de droiture ; la justice habitait en elle, et maintenant, des meurtriers ! 22 Ton argent est devenu des scories, ton vin est mêlé avec de l’eau ; 23 tes princes sont rebelles et compagnons de voleurs ; chacun aime les présents et court après les récompenses ; ils ne font pas droit à l’orphelin, et la cause de la veuve n’a pas accès auprès d’eux.
24 C’est pourquoi le Seigneur, l’Éternel des armées, le Puissant d’Israël, dit* : Ha ! je me satisferai en mes adversaires, et je me vengerai de mes ennemis ; 25 et je tournerai ma main sur toi, et je te purifierai de tes scories comme avec de la potasse*, et j’ôterai tout ton étain** ; 26 et je rétablirai tes juges comme au commencement, et tes conseillers comme dans les premiers temps. Après cela, tu seras appelée ville de justice, cité fidèle. 27 Sion sera rachetée par le jugement, et les siens qui reviennent, par la justice ; 28 mais la ruine des transgresseurs et des pécheurs arrivera en une fois, et ceux qui abandonnent l’Éternel seront consumés. 29 Car ils auront honte des térébinthes auxquels vous avez pris plaisir, et vous rougirez des jardins que vous aurez choisis ; 30 car vous serez comme un térébinthe dont la feuille se flétrit, et comme un jardin qui n’a pas d’eau. 31 Et le fort sera de l’étoupe, et son œuvre une étincelle, et tous deux brûleront ensemble, et il n’y a personne qui éteigne.

v. 1 : date : A.C. 760-700, environ.
v. 4* : ailleurs aussi : hélas, malheur ! — v. 4** : litt.: semence.

v. 17 : ou : dirigez, conduisez.
v. 19 : litt.: du bon.
v. 24 : dire, dans le sens de la diction oraculaire, ici et ailleurs souvent dans les Prophètes. — v. 25* : ou : purifierai parfaitement de tes scories. — v. 25** : ou : plomb ; ce qui est mêlé dans le minerai avec l’argent.

Commentaires
Esaïe est le premier des livres prophétiques. Nous abordons donc la prophétie qui est une partie importante de la Bible. Toute prophétie suppose la ruine de l’état de choses dans lequel la prophétie est présentée. Un prophète est le porte-parole de l’Eternel auprès de son peuple afin de le reprendre, l’avertir, le ramener, le consoler.
Du chapitre premier jusqu’au douzième, il y a l’histoire prophétique d’Israël. La place prépondérante est donnée à l’attaque finale par l’Assyrien, terme des jugements rendus nécessaires par le péché du peuple mais qui montre en même temps la formation d’un résidu, sa délivrance par le Messie promis et l’introduction du règne de ce Messie. Et les quatre premiers chapitres servent de préface à tout le livre. Nous y avons le péché d’Israël, son jugement annoncé, son relèvement et sa gloire sous Christ, le Germe de l’Eternel, au ch. 4, 2. Israël a oublié l’Eternel et de là le jugement. Mais l’Eternel garde un résidu, noyau du peuple de Dieu sous le sceptre du Messie. La grâce triomphe. Quant à la bénédiction, elle est proposée s’il y a repentance. Mais elle est introduite par le jugement parce que la repentance n’a pas eu lieu.
Au début de ce livre et comme entrée en matière, la première mission d’Esaïe est celle d’un médecin chargé de donner son avis sur un malade dont l’état est désespéré. Lediagnostic est terrible: ce sont les versets 5 et 8.

Au v. 1, nous apprenons que la prophétie d’Esaïe est prononcée sous quatre rois dont trois ont fait ce qui est droit aux yeux de l’Eternel et un autre pas. Ce premier chapitre décrit l’état de Juda. Ce chapitre, comme tout ce livre, ne s’adresse pas aux rois mais au peuple.
Versets 2 à 9
: le prophète proclame l’amour de Dieu pour son peuple et prend à témoin les cieux et la terre. La réponse à cet amour fut la rébellion contre leurs pères et leurs bienfaiteurs (v. 2). Cependant, ils sont encore le peuple de Dieu (v. 3). Le lien n’est pas encore rompu et cela donne un caractère particulier à cette grande prophétie. Les caractères de ce peuple infidèle ressortes des versets 3 à 5. Il y a l’ignorance de leur rébellion avec l’Eternel, la corruption. Il y a l’abandon de l’Eternel. Il y a la révolte. Le verset 6 résume cet état déplorable: un mal moral complet. Il n’y a que pourriture. Par conséquent, le pays est dévasté.
Au
v. 9, seul un petit résidu reste encore. Voilà à quoi se réduit le témoignage que Dieu avait laissé à son peuple.
La description donnée dans ces versets semble coller au règne d’Ezéchias.
Et dans les
v. 10 à 17, il y avait bien les formes religieuses mais sans vie ni sainteté. L’Eternel hait ces choses car le cœur du peuple est loin de lui. La loi leur demande d’apprendre à bien faire et de marcher dans l’amour du prochain, selon les versets 10, 16 et 17. Le v. 14 démontre que les choses que Dieu a établies sont celles qu’il hait parce que la conscience du peuple n’est pas en accord avec lui. Israël est appelé à se laver. Comme il ne le peut pas, l’Eternel le purifiera par le jugement. Dans les v. 18 à 20, Dieu attend que son peuple plaide contre lui-même. Alors, Dieu prendra sa cause en mains et le lavera de toute iniquité. Mais c’est une chose terrible quand Dieu plaide contre les coupables (cf ch. 3, 13). En attendant, la loi leur offre l’alternative d’écouter ou de refuser celui qui leur parle. Les v. 21 à 23 considèrent Jérusalem qui s’est corrompue comme une prostituée et si cet état est pour le peuple, Achaz est également en cause. Ils font à l’égard de la veuve et de l’orphelin le contraire de ce que commande la loi. Dans les v. 24 à 31, Jérusalem aussi ne sera rachetée que par le jugement.

Ainsi, dans ce pemier chapitre, il y a une promesse de délivrance, les rebelles et les pécheurs seront froissés tous ensemble mais il y aura un résidu.

*

Chapitre 2

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Les chapitres 1 à 4
Ils forment l’introduction du livre avec la bénédiction à la fin. La bénédiction des Juifs précède celle des Gentils

Chapitre 2 v. 1-22
La parole touchant Juda et Jérusalem

v. 4 : cf Apoc. 11, 15

   

1 La parole qu’Ésaïe, fils d’Amots, vit, touchant Juda et Jérusalem.
2 Et il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines ; et toutes les nations y afflueront ; 3 et beaucoup de peuples iront, et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l’Éternel. 4 Et il jugera au milieu des nations, et prononcera le droit à beaucoup de peuples ; et de leurs épées ils forgeront des socs, et de leurs lances, des serpes : une nation ne lèvera pas l’épée contre une [autre] nation, et on n’apprendra plus la guerre. 5 Venez, maison de Jacob, et marchons dans la lumière de l’Éternel !
6 Car tu as abandonné ton peuple, la maison de Jacob, parce qu’ils sont remplis de ce qui vient de l’orient, et sont des pronostiqueurs, comme les Philistins, et s’allient avec les enfants des étrangers. 7 Et leur pays est rempli d’argent et d’or, et il n’y a pas de fin à leurs trésors ; et leur pays est rempli de chevaux, et il n’y a pas de fin à leurs chars ; 8 et leur pays est rempli d’idoles : ils se prosternent devant l’ouvrage de leurs mains, devant ce que leurs doigts ont fait. 9 Et l’homme du peuple se courbera, et le grand sera abaissé : et ne leur pardonne pas !
10 Entre dans le rocher, et cache-toi dans la poussière, de devant la terreur de l’Éternel et de devant la magnificence de sa majesté. 11 Les yeux hautains de l’homme seront abaissés, et la hauteur des hommes sera humiliée, et l’Éternel seul sera haut élevé en ce jour-là.
12 Car il y a un jour de l’Éternel des armées contre tout ce qui s’exalte et s’élève, et contre tout ce qui est haut, et ils seront abaissés ; 13 et contre tous les cèdres du Liban, hauts et élevés, et contre tous les chênes de Basan ; 14 et contre toutes les hautes montagnes, et contre toutes les collines élevées ; 15 et contre toute haute tour, et contre toute muraille forte ; 16 et contre tous les navires de Tarsis, et contre tous les objets d’art agréables : 17 et la hauteur de l’homme sera humiliée, et l’élévation des hommes sera abaissée, et l’Éternel seul sera haut élevé en ce jour-là ; 18 et les idoles disparaîtront entièrement. 19 Et on entrera dans les cavernes des rochers, et dans les trous de la terre* de devant la terreur de l’Éternel, et de devant la magnificence de sa majesté, quand il se lèvera pour frapper d’épouvante la terre. 20 En ce jour-là, l’homme jettera ses idoles d’argent et ses idoles d’or, qu’il s’était faites pour se prosterner [devant elles], aux rats et aux chauves-souris, 21 pour entrer dans les fentes des rochers et dans les creux des escarpements, de devant la terreur de l’Éternel et de devant la magnificence de sa majesté, quand il se lèvera pour frapper d’épouvante la terre.
22 Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines, car quel cas doit-on faire de lui ?

— v. 19 : litt.: de la poussière.

Commentaires

La fin du ch. 1 nous a occupé du jugement. Au début du ch. 2,
v. 1-5, il y a une merveilleuse description de la Jérusalem millénaire et de la paix universelle. Nous y avons donc le peuple futur restauré qui est le centre de la bénédiction pour les nations. Ce chapitre présente plus précisément comment Dieu va établir la bénédiction. D'emblée, nous sommes amenés à l'aboutissement de la prophétie: la terre est bénie, c'est le millémium. Les v. 1 à 5 en donnent un tableau. Ce tableau est repris dans Michée ch. 4. Ce n'est pas une répétition mais une chose importante que Dieu met dans la bouche de deux prophètes. C'est une chose arrêtée (cf Gen. 41, 32). Nous avons donc, dans le début de ce ch. 2, la pensée finale de l'Eternel, le but en vue, la bénédiction future. Et c'est pour réaliser ce dessein qu'il agit. Au v. 5, il y a un appel au résidu du ch. 1, 9 auquel appartient cette bénédiction. Remarquons que le fait que la loi sort de Sion (v. 3b) est la parole de l'Eternel, et qu'il y a ce jugement au milieu des nations, que ce n'est pas là, la conversion du monde et l'établissement du royaume par l'évangile. Cela n'aura jamais lieu. Mais c'est le jugement de Dieu qui accomplira cette œuvre et qui permettra la gloire future de Jérusalem devenue un centre de bénédiction pour les nations. Cela fait ressortir la différence entre le message prophétique de l'ancien testament et l'évangile dans le nouveau testament. A la fin du v. 4 : on apprendra plus la guerre.
Mais l'état de ce peuple, au temps de la prophétie, est décrit dès le v. 6. Ce verset et les deux suivants décrivent leur abandon de l'Eternel qui doit, lui aussi, abandonner son peuple et le juger pour le purifier. C'est nécessaire. Le jugement est ainsi mentionné à partir du v. 9. Les
v. 6-11 démontrent que l'Eternel seul sera haut élevé quand, au dernier jour, l'orgueil du peuple sera abaissé, ce peuple qui a abandonné l'Eternel à cause de son luxe, de son idolâtrie, de son orgueil. Ce peuple s'était aussi allié avec les nations en vue de sa prospérité matérielle. Le tout aboutissant à l'idolâtrie. Le jugement atteindra Israël puis toute la terre, tout l'orgueil (v. 1, 11). L'homme doit être brisé.
Et dans les
v. 12-21, si Dieu juge son peuple, ne jugera-t-il pas le monde idolâtre? Et bien quand il apparaîtra, l'Eternel jugera non seulement l'orgueil de son peuple ainsi que son idolâtrie (v. 6-11), mais tout l'orgueil de l'homme et des nations idolâtres, quelles qu'elles soient, d'où la répétition de la phrase des versets 11 et 17 l'Eternel seul sera haut élevé en ce jour-là. Ainsi, en dépit de leur ruine et de leur misère aveuglante, Jérusalem et Juda étaient enflées d'orgueil et de prétentions. Alors, ces v. 12 à 21 mentionnent ce jour dans lequel Dieu fera publiquement savoir ce qu'il pense de la gloire et du génie humain, y compris de ces objets d'art agréables (v. 16). Alors, la hauteur des hommes sera humiliée et l'Eternel sera haut élevé.
Verset 22
: il y a la sentence finale à finissez-en avec l'homme. Ce verset va donc encore plus loin que ce qui précède. C'est la conclusion des deux premiers chapitres et même de l'ensemble de l'ancien testament. C'est la sentence de Dieu sur la race humaine. Et ce qui mettra un point final à cette expérience de l'homme, c'est la croix. Ce livre d'Esaïe commence comme l'épître aux Romains dont les trois premiers chapitres présentent la culpabilité de l'homme. Et le salut de l'Eternel (c'est la signification du nom d'Esaïe) pourra dès lors être révélé plus loin dans la personne de Christ, le Sauveur (ch. 40 et suivants).

En résumé, dans ce ch. 2, Dieu exaltera la maison de Jacob et de Jérusalem, centre de la bénédiction future. Mais, en comparant Jérusalem avec ce qu'elle était et ce qu'elle sera, cette promesse ne peut s'accomplir qu'avec un jugement préalable. Et si le jugement de Dieu commence par son peuple, c'est la preuve qu'il s'exécutera sur les nations. Rien ne subsistera de ce qui passera par ces jugements terribles. C'est le jugement de Dieu nécessaire pour l'établissement de la bénédiction finale d'Israël et de toute la terre. C'est un jugement d'amour.

Les chapitres 2, 3 et 4 contiennent le grand sujet du jour du Seigneur. Deux développements sont présentés dans ces chapitres. L'un dans le ch. 2 et l'autre dans les ch. 3 et 4. Ces développements portent sur les mêmes circonstances, sur les mêmes périodes, mais dans un ordre inverse car il y a une intention différente. Le premier développement débute par le tableau de la bénédiction millénaire, avec le jugement à la fin, alors que le second s'ouvre en reprenant l'exposé du jugement de Jérusalem et de Juda pour se fermer sur la bénédiction. Nous y avons donc d'abord le jour du Seigneur considéré d'abord au point de vue de l'amour de Dieu puis de celui de la justice de Dieu.

Ce que nous possédons maintenant, en esprit et en principe, nous l'aurons en perfection dans le ciel. Le jour de Seigneur est également compris dans Esaïe. C'est un jour de jugement puis de gouvernement qui comprend aussi le temps de la fin et le royaume comme le jour naturel écarte d'abord les ténèbres du monde puis règne sur la création pour le temps qui lui est départi. Dans toute la période prophétique, remarquons qu'Esaïe rattache le temps de la fin avec son temps contemporain. La période de l'Eglise est omise. Le récit semble cependant ininterrompu et tout cela est magnifiquement logique au sens moral.

 

Chapitre 3

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Les chapitres 1 à 4
Ils forment l’introduction du livre avec la bénédiction à la fin. La bénédiction des Juifs précède celle des Gentils

Chapitre 3 v. 1-26 jusqu'à 4 v. 1
Les jugements sur Juda et Jérusalem

v. 3: cf Deut. 18, 10

v. 9: Gal. 6, 7; Job 4, 8

 

1 Car voici, le Seigneur, l’Éternel des armées, ôte de Jérusalem et de Juda le soutien et l’appui, tout soutien de pain et tout soutien d’eau, 2 l’homme fort et l’homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l’ancien, 3 le chef de cinquantaine, et l’homme considéré, et le conseiller, et l’habile ouvrier, et celui qui s’entend aux enchantements. 4 Et je leur donnerai des jeunes gens pour être leurs princes, et de petits enfants domineront sur eux; 5 et le peuple sera opprimé, l’homme par l’homme, et chacun par son voisin ; le jeune garçon usera d’insolence contre le vieillard, et l’homme de néant contre l’homme honorable. 6 Alors, si un homme saisit son frère, dans la maison de son père, [disant]: Tu as un manteau, tu seras notre chef, et cette ruine sera sous ta main, 7 il jurera* en ce jour-là, disant: Je ne puis être un médecin**, et dans ma maison il n’y a pas de pain et il n’y a pas de manteau ; vous ne me ferez pas chef du peuple. 8 Car Jérusalem bronche, et Juda tombe; parce que leur langue et leurs actions sont contre l’Éternel, pour braver les yeux de sa gloire. 9 L’aspect de leur visage témoigne contre eux, et ils annoncent leur péché comme Sodome ; ils ne le cachent pas. Malheur à leur âme ! car ils ont fait venir le mal sur eux-mêmes.
10 Dites au juste que le bien [lui arrivera], car ils mangeront le fruit de leurs actions. 11 Malheur au méchant ! [il lui arrivera] du mal, car l’œuvre de ses mains lui sera rendue. 12 Quant à mon peuple, des enfants l’oppriment, et des femmes le gouvernent. Mon peuple ! eux qui te conduisent te fourvoient, et détruisent* le chemin de tes sentiers.
13 L’Éternel se tient là pour plaider, et il est debout pour juger les peuples. 14 L’Éternel entrera en jugement avec les anciens de son peuple et avec ses princes, [disant]: Et vous, vous avez brouté la vigne ; la dépouille du pauvre est dans vos maisons. 15 Qu’avez-vous à faire de fouler mon peuple, et de broyer la face des pauvres ? dit le Seigneur, l’Éternel des armées.
16 Et l’Éternel dit : Parce que les filles de Sion sont hautaines, et qu’elles marchent le cou tendu et les regards pleins de convoitise, et qu’elles marchent allant à petits pas, faisant résonner leurs pieds, 17 le Seigneur rendra chauve le sommet de la tête des filles de Sion, et l’Éternel exposera leur nudité. 18 En ce jour-là, le Seigneur ôtera l’ornement des anneaux de pieds, et les petits soleils, et les petites lunes; 19 les pendeloques de perles, et les bracelets, et les voiles; 20 les diadèmes, et les chaînettes des pieds, et les ceintures, et les boîtes de senteur, et les amulettes; 21 les bagues, et les anneaux de nez; 22 les vêtements de fête, et les tuniques, et les manteaux, et les bourses; 23 et les miroirs*, et les chemises, et les turbans, et les voiles de gaze. 24 Et il arrivera qu’au lieu de parfum il y aura pourriture; et au lieu de ceinture, une corde ; et au lieu de cheveux artistement tressés, une tête chauve ; et au lieu d’une robe d’apparat, un sarrau de toile à sac ; flétrissure, au lieu de beauté. — 25 Tes hommes tomberont par l’épée, et tes hommes forts, dans la guerre. 26 Et ses portes se lamenteront et mèneront deuil ; et, désolée*, elle s’assiéra sur la terre.

— v. 7* : litt.: lèvera [la main] ; selon d’autres : lèvera [sa voix]. — v. 7** : litt.: celui qui bande.
— v. 12 : détruire, litt.: engloutir, ici, et 19:3.
—v. 23 : ou : vêtements transparents. — v. 26 : litt.: vidée.


Commentaires

Le jugement commence par la partie la plus responsable. Ici, Israël, Juda, et ce jusqu'au ch. 12. Les ch. 13 à 27 seront en relation avec le jugement des nations. Pour la chrétienté, le jugement commencera par la profession. Deux passages entre autres:

"tribulation et angoisse sur toute âme d'homme qui fait le mal, et du Juif premièrement, et du Grec;" (Romains 2:9)

"Car le temps [est venu] de commencer le jugement par la maison de Dieu ; mais s'il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n'obéissent pas à l'évangile de Dieu?" (1 Pierre 4:17)

Les chapitres 2 à 4 indiquent que le royaume, sous la figure d'une montagne, pressenti au commencement, est présenté avec quelques-unes de ses gloires à la fin. Mais la corruption et le jugement sont les grands sujets de cette division qui commence et se termine par la gloire. Il est question, un moment, du résidu (ch. 3, 10). Quant à l'orgueil qui précède généralement la destruction, dans les voies de Dieu, il en est question dans les v. 1 à 9. Le jugement de Dieu est appelé dans l'Ecriture "le jour du Seigneur". On peut titrer les chapitres 2 à 4 du jour du Seigneur.

Dans le chapitre d'Esaïe qui nous occupe il y a un signe fâcheux, parmi d'autres. C'est le désordre social, c'est-à-dire le renversement de l'ordre établi. Il n'y a plus de discipline, tout est contesté (v. 5, etc). Les valeurs morales et les contraintes sont mises de côté. Aussi, il n'est pas étonnant de trouver, dans ce ch. 3, un détail des jugements annoncés au ch. 2. Le royaume de Juda, ses hommes, ses princes, sont en vue. Au v. 10, il est question du juste. Les justes sont peu nombreux au milieu de la masse du peuple mais c'est à eux qu'arrivera le bien. Le ch. 3, avec le ch. 4 v.1, donne en détails la description des jugements qui tomberont sur Juda et sur Jérusalem. Avant tout, dans les v. 1 à 9, on voit que le soutien et l'appui feront défaut. Il y aura une disette de tout ce qui soutient extérieurement la vie et il y aura une défaillance complète de tout appui moral. Ni force matérielle, ni sagesse, ni secours spirituel. Ceux qui domineront ne seront pas en âge de conduire et seront pleins d'amertume envers ceux que leur âge qualifierait comme conseillers.
Mais dans les
v. 10 à 12, au milieu de cette masse, la distinction est faite entre le juste et le méchant. Les liens de l'Eternel avec son peuple ne sont pas encore entièrement rompus. L'Eternel le reconnaît et avertit ce peuple.
Ainsi, dans les
v. 13 à 15, les princes conducteurs seront jugés. Et dans les v. 16 à 24, les femmes qui gouvernent (voir v. 12) auront un sort commun avec les filles de Sion. Leur futilité, leur amour de la parure et du luxe de leurs vêtements feront place à l'abjection, à la flétrissure et au deuil. Ces versets, spécialement les 18 à 22 apprennent ou rappellent aux jeunes filles que les raffinements de la mode ne datent pas de notre époque. Ce qui est exprimé au v. 16 démontre le ridicule d'être préoccupé de sa propre personne. Tous ces accessoires de toilette sont taxés, de la part de Dieu, … de la saleté des filles de Sion (ch. 4, 4). Ce qui plaît à Dieu, c'est la parure morale à lire 1 Tim. 2, 9-10 et 1 Pi. 3, 2-6, sans perdre de vue que notre tenue de le laisse pas indifférent.
Dans les
v. 25 et 26 c'est la fin des hommes forts. Sion, représenté par les femmes, sera dans le deuil et la désolation. Et au ch. 4 v. 1, l'abjection des femmes est telle qu'elles sont prêtes à payer n'importe quel prix pour que soit ôté leur opprobre. Cela qu'elles soient non mariées ou stériles.

Chapitre 4

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Les chapitres 1 à 4
Ils forment l’introduction du livre avec la bénédiction à la fin. La bénédiction des Juifs précède celle des Gentils

Chapitre 4 dès v. 2
Le Germe et la bénédiction finale

v. 2: cf Jér. 23, 5; Zach. 3, 8; 6, 12-13;

v. 6: Marc 13, 19-20

1 Et sept femmes saisiront un seul homme en ce jour-là, disant: Nous mangerons notre propre pain, et nous nous vêtirons de nos propres vêtements, seulement que nous soyons appelées de ton nom; ôte notre opprobre.
2 En ce jour-là, il y aura un germe de l’Éternel pour splendeur et pour gloire, et le fruit de la terre, pour magnificence et pour ornement, pour les réchappés d’Israël; 3 et le résidu en Sion, et le reste dans Jérusalem, sera appelé saint : quiconque sera écrit parmi les vivants dans Jérusalem, 4 quand le Seigneur aura nettoyé la saleté des filles de Sion, et aura lavé le sang de Jérusalem du milieu d’elle, par l’esprit de jugement et par l’esprit de consomption. 5 Et l’Éternel créera sur chaque demeure de la montagne de Sion, et sur ses assemblées, une nuée et une fumée, de jour ; et la splendeur d’une flamme de feu, la nuit ; car sur toute la gloire il y aura une couverture. 6 Et il y aura un tabernacle pour ombrage, de jour, contre la chaleur, et pour abri et pour refuge contre l’orage et contre la pluie.

Commentaires
La fin du ch. 3, et le début du 4ème, présentent un tableau de Sion avec une situation sans issue. Même les femmes seront d’une déconcertante hardiesse. Bref, tout sera troublé et il y aura un terrible jugement. Situation sans issue …. Mais non: le Germe de l’Eternel est là. Dieu intervient en grâce. Nous avons déjà vu un résidu, au ch. 1,9 et maintenant un Rédempteur est annoncé. C’est le Germe de l’Eternel, Christ, la semence de bénédiction qui est introduite avec éclat. Et bien tous ceux qui n’auront pas été détruits par l’Eternel composera ce résidu du
v. 3. Ce sont les vivants du v. 4. Pour eux, s’ouvre un temps de gloire et de beauté, de sainteté et de magnificence. La nuée sera là pour sauver et la bénédiction sera encore plus grande car ces manifestations de la gloire seront sur chaque demeure (v. 5).
Le
v. 6 dépeint la protection active de la part de Dieu. Ceux qui resteront après la purification seront saints et la gloire de Dieu sera manifestée dans la cité qu’il a choisie pour y mettre son nom.
Le grand fait du ch. 4 est donc que le Germe de l’Eternel paraît dans la personne de Christ. Il met tout en ordre et introduit la bénédiction finale. Ainsi donc, dans cette préface, tout aboutit à Christ. Jusqu’ici, nous ne pouvions voir Christ que comme "L’Eternel juge". Maintenant, il apparaît comme homme, comme fruit de la terre, non en faveur de l’ensemble du peuple mais en faveur du résidu dont il a été question au ch. 1, 9. Chaque demeure en Sion sera alors comme un petit tabernacle. Il y aura la protection de l’Eternel, cette couverture du
v. 5. Et si les conséquences du mal ne seront pas encore ôtées, v. 6, on sera néanmoins à l’abri là où Dieu habite. Voilà l’effet de l’habitation du Messie avec son peuple.
Définition de Germe: c’est Christ révélé comme homme, fruit de la terre, ayant la vie en lui-même.

* Chapitre 5

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Chapitres 5 et 6
Le chapitre 5 est un discours prophétique qui compare l’état de la vigne avec ce que Dieu avait fait au commencement.
Le chapitre 6 la compare avec la gloire de Christ et c’est ainsi que Dieu juge son peuple.
Le prophète est établi dans sa charge.

Chapitre 5 : la vigne
v. 1 - 7: le cantique du bien-aimé
v. 8 - 30 : les six "malheurs"

v. 1-7 : cf Deut. 11, 11-12 et Matt. 21, 33-41

1 Je chanterai à mon bien-aimé un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne: Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile*. 2 Et il la fossoya et en ôta les pierres, et la planta de ceps exquis; et il bâtit une tour au milieu d’elle, et y tailla aussi un pressoir; et il s’attendait à ce qu’elle produirait de bons raisins, et elle produisit des raisins sauvages. 3 — Et maintenant, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, jugez, je vous prie, entre moi et ma vigne. 4 Qu’y avait-il encore à faire pour ma vigne, que je n’aie pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j’espérais qu’elle produirait de bons raisins, a-t-elle produit des raisins sauvages? 5 Et maintenant je vous apprendrai ce que je ferai à ma vigne: j’ôterai sa haie, et elle sera broutée; j’abattrai sa clôture, et elle sera foulée aux pieds; 6 et je la réduirai en désert; elle ne sera pas taillée, et elle ne sera pas sarclée, et les ronces et les épines monteront; et je commanderai aux nuées qu’elles ne laissent pas tomber de pluie sur elle. 7 Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont la plante de ses délices. Et il s’attendait au juste jugement, et voici l’effusion de sang, — à la justice, et voici un cri !
— v. 1 : litt.: sur une corne du fils de l’huile.

8 Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, qui joignent* champ à champ, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place et que vous habitiez seuls au milieu du pays. 9 À mes oreilles, l’Éternel des armées [a dit]: Si beaucoup de maisons ne sont désolées, [si] de grandes et belles [maisons ne sont] vides d’habitants! 10 Car dix arpents* de vigne ne produiront qu’un bath, et un khomer de semence produira un épha**.
— v. 8 : litt.: rapprochent. — v. 10* : ce qu’une paire de bœufs pouvait labourer en une journée. — v. 10** : dix éphas font un khomer.

11 Malheur à ceux qui, se levant de bonne heure, courent après la boisson, [et] qui, s’attardant jusqu’à la brune, sont enflammés par le vin. 12 Et la harpe et le luth, le tambourin et la flûte, et le vin, [abondent dans] leurs festins; et ils ne regardent pas l’œuvre de l’Éternel, et ils ne voient pas l’opération de ses mains. 13 C’est pourquoi mon peuple est allé en captivité, parce qu’il n’a pas de connaissance; et ses grands meurent de faim, et sa multitude est asséchée de soif. 14 C’est pourquoi le shéol élargit son désir et ouvre sa bouche sans mesure; et la magnificence de Jérusalem* y descendra, et sa multitude, et son tumulte, et sa joie**; 15 et l’homme du peuple se courbera, et le grand sera abaissé ; et les yeux des hautains seront abaissés; 16 et l’Éternel des armées sera élevé en jugement, et le *Dieu* saint sera sanctifié en justice. 17 Et les agneaux paîtront comme dans leur pâturage, et les étrangers dévoreront les lieux désolés des [hommes] gras.
— v. 14* : litt.: sa magnificence. — v. 14** : litt.: ce qui, en elle, s’égaie. — v. 16 : hébreu : El, — voir la note à Genèse 14:18.

18 Malheur à ceux qui tirent l’iniquité avec des cordes de vanité, et le péché comme avec des cordes de chariot, qui disent: 19 Qu’il se hâte, qu’il accélère son œuvre, afin que nous la voyions; et que le conseil du Saint d’Israël s’approche, et vienne, et que nous le connaissions.
20 Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres, qui mettent l’amer pour le doux, et le doux pour l’amer. 21 Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux, et intelligents à leur propre estime! 22 Malheur à ceux qui sont forts pour boire du vin, et hommes vaillants pour mêler les boissons fortes; 23 qui justifient le méchant pour un présent, et qui ôtent aux justes leur justice! 24 C’est pourquoi, comme une langue de feu dévore le chaume, et comme l’herbe sèche s’affaisse dans la flamme, leur racine sera comme la pourriture, et leur fleur montera comme la poussière; car ils ont méprisé la loi de l’Éternel des armées, et ont rejeté avec dédain la parole du Saint d’Israël. 25 C’est pourquoi la colère de l’Éternel s’est embrasée contre son peuple ; et il a étendu sa main sur lui, et l’a frappé ; et les montagnes ont été ébranlées ; et leurs cadavres sont devenus comme des ordures au milieu des rues. Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue.
26 Et il élèvera un étendard devant les nations lointaines: et il en sifflera une des bouts de la terre ; et voici, elle viendra, rapide [et] légère. 27 En elle, nul qui soit las ou qui bronche; nul ne sommeille, nul ne dort; nul n’a la ceinture de ses reins déliée, ou la courroie de sa chaussure arrachée. 28 Ses flèches sont aiguës, et tous ses arcs tendus; les sabots de ses chevaux sont comme le caillou, et ses roues comme le tourbillon. 29 Son rugissement est comme celui d’une lionne; elle rugit comme les jeunes lions; elle gronde, et saisit la proie et l’emporte, et il n’y a personne qui délivre; 30 et elle mugira sur elle, en ce jour-là, comme mugit la mer ; et on regardera sur la terre, et voici les ténèbres [et] la détresse : la lumière est obscurcie dans son ciel*.
— v. 30 : son ciel, c. à d. celui du pays ; d’autres : par ses nuées.

Commentaires
Après la préface des quatre premiers chapitres et un aperçu de l’ensemble des sujets de ce prophète, les chapitres 5 et 6 nous font entrer dans le vif du sujet. Ces deux chapitres décrivent l’iniquité de l’ensemble du peuple comme vigne de l’Eternel ainsi que les jugements qui fondront sur lui. La vigne sera dévastée mais un petit résidu, dont Esaïe est le type, sera sauvé moyennant la repentence et le jugement de soi. Ce chapitre 5 se découpe ainsi:

v. 1 à 7
: l’Eternel juge sa vigne, c’est-à-dire Israël. Il la juge d’après le fruit qu’elle devait rapporter. A noter que ces versets contiennent, dans ce contexte, un cantique du bien-aimé. C’est le cantique du bien-aimé sur sa vigne. Et après tant de soins, six malheurs sont prononcés contre les différents caractères de l’iniquité.
V. 8 à 10
: Premier malheur. Il est en rapport avec la convoitise et l’ardeur à acquérir et tout garder pour soi. Ce malheur est la diminution de la population et la disette.
V. 11 à 17
: deuxième malheur à sur l’ivresse et les plaisirs du monde. Ce malheur consiste en la captivité, la famine et la soif. Enfin le sépulcre est le juste jugement.
V. 18 et 19
: troisième malheur à sur ceux qui font le mal sciemment, au mépris de Dieu dans son jugement.
V. 20
: quatrième malheur à il tombe sur ceux qui confondent le mal et le bien, la lumière et les ténèbres, la douceur et l’amertume.
V. 21
: cinquième malheur à il tombe sur ceux qui ont une haute opinion d’eux-mêmes et de leur intelligence.
V. 22 et 23
: sixième malheur à il tombe sur ceux qui emploient leur énergie pour s’enivrer des choses du monde, qui se font les défenseurs du mal qui leur profite, et qui noircissent ceux qui font le bien.
Au
v. 24 : la colère de l’Eternel s’est embrasée contre eux et le jugement de Dieu les consumera ainsi que toute leur gloire.

Les malheurs des v. 18 à 23, soit du troisième au sixième, sont relatifs à la colère de Dieu avec ce feu consumant qui tombe sur ces hommes et sur toute leur gloire, selon v. 24 et 25. La main de Dieu est étendue en colère (v. 9,12 ,7,21). Et cette colère, dans les v. 26 à 30, a lieu par l’invasion de l’Assyrien qui est la verge de la colère divine (cf ch. 10, 5).

Cette vigne du ch. 5 fait penser à celle de Luc 20, 9-16. Mais ces versets nous font aussi toucher du doigt notre propre ingratitude. Pour porter du fruit, il faut rester attaché au cep. C’est le sujet du ch. 15 de l’évangile de Jean. Si tel n’est pas le cas, il y a des séries de malheurs. Esaïe 5, 8 commence ainsi cette série de malheurs qui montrent les tristes conséquences du refus d’obéir à Dieu tant pour Israël que pour l’homme en général. Eh bien le mot de Dieu vis-à-vis de tant de choses, de convoitises, de pensées, qu’elles soient distinguées ou vulgaires, c’est malheur, malheur, malheur. Il y a dans ce ch. 5 une progression dans les jugements. Cette progression est interrompue après le premier exposé général. Au chapitre 6, le prophète verra cette gloire mais une gloire dont le premier effet est judiciaire et opérant de manière à aveugler et à condamner le peuple. Le jugement du ch. 5, selon v. 24, était en relation avec la transgression de la loi et avec le mépris de la Parole du Saint d’Israël. Dans les chapitres 5 et 6, le jugement est donc vu sous deux rapports: d’abord sous le rapport du gouvernement de Dieu. C’est le ch. 5. Puis sous celui de la gloire de la présence de l’Eternel selon ses conseils de grâce que le peuple était incapable de supporter. Mais, selon le propos arrêté de Dieu, un résidu est en vue. C’est le ch. 6. Dans le chapitre 5, avec le premier rapport ou caractère en vue, il n’y a pas de résidu. C’est le jugement public et complet de la nation. Tout dépendait de la responsabilité du peuple. C’est pourquoi le figuier est maudit et ne portera jamais du fruit. Mais au ch. 6, Dieu agit à l’intérieur, dans ses propres relations avec le peuple et il y a un résidu. Le rétablissement est également assuré car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir.

* Chapitre 6

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Chapitres 5 et 6
Le chapitre 5 est un discours prophétique qui compare l’état de la vigne avec ce que Dieu avait fait au commencement.
Le chapitre 6 la compare avec la gloire de Christ et c’est ainsi que Dieu juge son peuple.
Le prophète est établi dans sa charge. Nous y avons la vision d’Esaïe

v. 1: cf 2 Chr. 26 ; v. 5: Matt. 15, 18-20 et 1 Pi. 3, 18; v. 8: Ps. 40, 7; v. 9-10: Jean 12, 37-41

1 L’année de la mort du roi Ozias,* je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple. 2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui; ils avaient chacun six ailes: de deux ils se couvraient la face, et de deux ils se couvraient les pieds, et de deux ils volaient. 3 Et l’un criait à l’autre, et disait: Saint, saint, saint, est l’Éternel des armées; toute la terre est pleine de sa gloire! 4 Et les fondements des seuils étaient ébranlés à la voix de celui qui criait, et la maison était remplie de fumée. 5 Et je dis: Malheur à moi! car je suis perdu; car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées. 6 Et l’un des séraphins vola vers moi; et il avait en sa main un charbon ardent qu’il avait pris de dessus l’autel avec des pincettes; 7 et il en toucha ma bouche, et dit : Voici, ceci a touché tes lèvres ; et ton iniquité est ôtée, et propitiation est faite pour ton péché.
— v. 1 : date : A.C. 758.

8 Et j’entendis la voix du Seigneur qui disait: Qui enverrai-je, et qui ira pour nous? Et je dis: Me voici, envoie-moi. 9 — Et il dit: Va, et dis à ce peuple: En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez pas, et en voyant vous verrez* et vous ne connaîtrez pas. 10 Engraisse le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles pesantes, et bouche ses yeux, de peur qu’il ne voie des yeux, et n’entende de ses oreilles, et ne comprenne de son cœur, et ne se convertisse, et qu’il ne soit guéri. 11 — Et je dis: Jusques à quand, Seigneur? Et il dit: Jusqu’à ce que les villes soient dévastées, de sorte qu’il n’y ait pas d’habitants, et les maisons, de sorte qu’il n’y ait pas d’hommes, et que le sol soit réduit en entière désolation, 12 et que l’Éternel en ait éloigné les hommes, et que la solitude soit grande au milieu du pays. 13 Mais il y aura encore là un dixième; et il reviendra et il sera brouté*, comme le térébinthe et le chêne, dont le tronc [reste] quand ils sont abattus: la semence sainte en sera le tronc.
— v. 9 : ou : Entendant, entendez…, et voyant, voyez. — v. 13 : ou : … dixième ; et il sera de nouveau brouté.

Commentaires
Ce chapitre se relie au précédent par la mention d'un septième malheur. Mais il s'agit d'un autre principe de jugement. Les malheurs du cinquième chapitre étaient en rapport avec ce qu'Israël avait fait. Et ici le dernier malheur est prononcé sur ce que l'homme est devant le Dieu saint. C'est donc un malheur sur le moi. Relevons que dans les chapitres 28 à 33 il y a six autres malheurs, précédé par un septième qui se trouve au chapitre 24, 16 puisqu’il est écrit "Malheur à moi". C’est donc un malheur au moi. En Matthieu 23 il y a aussi sept malheurs qui remplacent les neuf (3 fois 3) bénédictions de Matthieu 5. Pour revenir à Esaïe, si le chapitre 5 mentionnait des malheurs en raison de la rébellion, qu’allait devenir l’homme, même le meilleur parmi eux? Oui, malheur à moi car je suis un homme perdu. L’homme est absolument condamné. Même le résidu, dont Esaïe est un représentant, ne mérite pas autre chose que la condamnation. Ce chapitre donne une date, selon v. 1: A.C. 758. Il y a aussi des dates, dans ce livre, au ch. 7, 8; 14, 28; 20, 1; 36, 1. Ce chapitre commence aussi par
une parenthèse qui se fermera au ch. 9, 7. Et au ch. 9, 12, le prophète reprendra la parole du ch. 5, 25. Cette parole: "Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue" est encore mentionnée au ch. 9, 17 et 21 et au ch. 10, 4. Quant à cette parenthèse, elle nous présente le Messie, sa réjection par les Juifs, et la bénédiction sous son règne futur.

Quant à notre chapitre 6, il y a une vision dans les v. 1 à 7. C’est une vision en rapport avec la gloire du royaume de Christ sur la terre. Le trône est au-dessus de la terre et non dans le ciel. La manifestation de cette gloire est dans le temple, dans le lieu saint et non pas dans le lieu très saint. Et le Seigneur assis sur ce trône, c’est Christ. Il est exalté comme roi, comme chef de l’armée des cieux. Il est exalté par les séraphins. Oui, les créatures les plus élevées proclament la sainteté de Christ roi, du Dieu d’éternité, du Créateur. "Séraphins" veut dire "les brûlants qui volent". Ils se couvrent la face. Puis un homme serait appelé à voir sa gloire mais avant le "malheur à moi! car je suis perdu". Alors, toute impureté disparaît par le jugement dont le feu a consumé l’holocauste et ne peut plus avoir qu’à consumer toute iniquité chez le croyant. Il fallait qu’il eût conscience du feu du jugement sans en être atteint car tout ce qu’il était avait déjà été consumé dans la victime qui était sur l’autel.

A noter que si Ozias fut un bon roi, sa fin fut malheureuse puisqu’il s’éleva contre l’Eternel et mourut lépreux. C’est une figure de l’état moral du peuple d’Israël (voir 2 Chron. 26).
Au v. 5, il y a confession et il est donné à Esaïe de voir l’autel et d’y trouver la réponse à sa détresse. Car l’autel où brûlent les charbons ardents qui ont consumé le sacrifice, est un type de la croix où Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu (1 Pi. 3, 18). Esaïe est donc un homme purifié et il peut servir Dieu. A la question du Seigneur "qui enverrai-je, et qui ira pour nous?", il peut répondre "Me voici". Quant au Seigneur lui-même et dans les conseils éternels du Dieu saint, cette question n’a pas été posée. Son Fils unique, le Seigneur Jésus, a dit "Je viens, il est écrit de moi … (Ps. 40, 7)".
En rapport avec le
v. 8, souvenons-nous qu’il faut venir à la croix comme des pécheurs pour trouver la paix. Nous en repartons comme saints pour le servir. Quand notre conscience est parfaitement prête pour la gloire, nos cœurs sont alors vraiment prêts pour le servir. Et dans ces v. 8 à 13, le prophète est capable de dire, comme son maître, "Me voici, envoie-moi". Et au v. 11, il y a le cri de la foi, le "jusques à quand", sachant que le Seigneur ne peut rester sur ce jugement que le peuple mérite. L’endurcissement du peuple est un jugement de Dieu (cf Jean 12, 37-41). Alors, trois choses sont révélées au prophète, à savoir: la désolation et la solitude actuelles comme jugement de Dieu. Puis: un dixième rentrant après la captivité mais pour être brouté denouveau. Enfin: un tronc qui reste, une semence sainte. C’est le résidu croyant, formant le noyau d’un peuple nouveau. Ainsi la foi compte sur la fidélité de Dieu et Dieu répond, il y aura un résidu.

Autres notes
Le mot "séraphin" est dans Nombres 21 où il est appliqué aux serpents dans le désert. Cette prophétie est donnée l’année où mourut Ozias. C’était un bon roi. L’iniquité du peuple devint plus grande sous son successeur Jotham. // Le trône est ici un trône de jugement ou de gloire judiciaire. Cela ressort du chapitre et des citations qui en sont faites dans le NT comme en Matthieu 13, Jean 12, Actes 28. Dans un sens, le prophète représente le résidu. Il traverse les mêmes expériences que l’apôtre Jean en Apocalypse 1. // Ici, comme dans le ch. 3, l’orgueil précède l’écrasement et nous y trouvons aussi le trône de gloire. // Ici, Esaïe est jeune, Ainsi, l’année de la mort du roi Ozias est décisive pour ce jeune homme. Esaïe se reconnaît pécheur et a recours à la grâce de Dieu. Il réalise cette purification qui s’accomplit par ce qui parle du sacrifice de Christ, l’autel étant à côté du trône. Et Esaïe est empressé à répondre à l’appel en déclarant "me voici". Même pour cette étrange mission qu’il reçoit, à savoir annoncer ce message incompréhensible d’endurcissement qui est rappelé, par exemple, en Matt. 13, 14: "Et par eux s'accomplit la prophétie d'Ésaïe qui dit : "En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n'apercevrez point". // L’esprit de foi est préoccupé de la gloire de Dieu. Il ne cache pas le péché car la gloire de Dieu le manifeste mais il compte sur la grâce malgré le péché.

 

Chapitre 7

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Chapitres 7 à 9 v. 7
Ils contiennent la prophétie d’Emmanuel, avec la terre d’Emmanuel, et du Résidu. Il y a aussi la prophétie de l’Assyrien quand Emmanuel est là..
Chapitre 7 : message d'Esaïe à Achaz et, avec ch. 8.1-17 l'histoire prophétique d'Israël

1* Et il arriva, dans les jours d’Achaz, fils de Jotham, fils d’Ozias, roi de Juda, que Retsin, roi de Syrie*, et Pékakh, fils de Remalia, roi d’Israël, montèrent à Jérusalem pour lui faire la guerre; ** mais ils ne purent pas l’assiéger. 2 Et on rapporta à la maison de David, disant: La Syrie est venue prêter appui à* Éphraïm. Et son cœur fut agité, et le cœur de son peuple, comme les arbres de la forêt sont agités devant le vent. 3 Et l’Éternel dit à Ésaïe: Sors à la rencontre d’Achaz, toi et Shear-Jashub*, ton fils, au bout de l’aqueduc de l’étang supérieur, sur la route du champ du foulon; 4 et tu lui diras: Prends garde et sois tranquille; ne crains point, et que ton cœur ne défaille pas devant ces deux bouts* de tisons fumants, devant l’ardeur de la colère de Retsin et de la Syrie, et du fils de Remalia. 5 Parce que la Syrie a formé contre toi de mauvais desseins, Éphraïm [aussi] et le fils de Remalia, disant: 6 Montons contre Juda, et jetons-y l’alarme, et faisons-y pour nous une brèche, et établissons pour roi au milieu d’elle le fils de Tabeël; 7 ainsi dit le Seigneur, l’Éternel: Il ne s’accomplira pas et n’aura pas lieu; 8 car le chef de la Syrie, c’est Damas, et le chef de Damas, c’est Retsin. Et encore soixante-cinq ans, et Éphraïm cessera* d’être un peuple; 9 et le chef d’Éphraïm, c’est la Samarie, et le chef de la Samarie, c’est le fils de Remalia. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas.
— v. 1* : hébreu : Aram ; comme 9:12. — v. 1** : date : A.C. 741, environ. — v. 2 : litt.: s’est posée sur. — v. 3 : un résidu reviendra. — v. 4 : hébreu : queues. — v. 8 : litt.: sera brisé.

10 Et l’Éternel parla encore à Achaz, disant: 11 Demande pour toi un signe de la part de l’Éternel, ton Dieu; demande-le dans les lieux bas ou dans les hauteurs d’en haut. 12 Et Achaz dit: Je ne [le] demanderai pas, et je ne tenterai pas l’Éternel. 13 Et il dit: Écoutez donc, maison de David: Est-ce peu de chose pour vous de lasser [la patience] des hommes, que vous lassiez aussi [la patience de] mon Dieu? 14 C’est pourquoi le Seigneur, lui, vous donnera un signe: Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et appellera son nom Emmanuel*. 15 Il mangera du caillé* et du miel, pour savoir rejeter le mal et choisir le bien. 16 Car avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays des deux rois duquel tu as peur* sera abandonné. 17 L’Éternel fera venir sur toi, et sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours qui ne sont pas venus depuis le jour qu’Éphraïm s’est retiré de Juda, — [savoir] le roi d’Assyrie.
— v. 14 : *Dieu avec nous. — v. 15 : ou : de la crème. — v. 16: avec l’idée d’aversion.

18 Et il arrivera, en ce jour-là, que l’Éternel sifflera la mouche qui est au bout des fleuves* d’Égypte, et l’abeille qui est dans le pays d’Assyrie; 19 et elles viendront et se poseront toutes dans les vallées désertes et dans les fentes des rochers, et sur toutes les broussailles, et sur tous les pâturages. 20 En ce jour-là, le Seigneur rasera avec un rasoir pris à louage au delà du fleuve, avec le roi d’Assyrie, la tête et les poils des pieds, et il* enlèvera aussi la barbe. 21 Et il arrivera, en ce jour-là, qu’un homme nourrira une jeune vache et deux brebis; 22 et il arrivera que, de l’abondance du lait qu’elles donneront, il mangera du caillé; car tous ceux qui seront de reste au milieu du pays mangeront du caillé* et du miel. 23 Et il arrivera, en ce jour-là, que tout lieu où il y avait mille ceps de mille [pièces] d’argent, sera [abandonné] aux ronces et aux épines; 24 on y viendra avec des flèches et avec l’arc, car tout le pays sera ronces et épines. 25 Et toutes les montagnes qu’on cultivait avec la bêche, — on n’y viendra pas, par crainte des ronces et des épines; et elles seront un lieu pour y envoyer le bœuf, et pour que les brebis le foulent.
v. 18 : voir la note à Exode 7:19. — v. 20 : c. à d. le rasoir. — v. 22 : ou : de la crème.

Commentaires
Depuis le ch. 7 et jusqu'au ch. 9, 7, il y a une nouvelle section ou série (troisième). Le chapitre six venait à point pour compléter le cinquième. Le chapitre six introduit en quelque sorte cette nouvelle série. La date n'est plus la mort d'Ozias mais bien les jours du méchant Achaz. Le règne de Jotham, entre Ozias et Achaz, n'entre pas en ligne de compte ici. Esaïe a donc connu une école de patience. Nous sommes en effet après le règne de Jotham, c'est-à-dire qu'après avoir répondu à l'appel de Dieu, environ 16 ans se sont écoulés avant qu'il commence son service public. Pour nous, il s'agit d'être disponible et obéissant (Matt. 8, 9), même s'il faut attendre. Esaïe, lui, est envoyé vers le méchant Achaz. L'heure est grave pour Juda qui est menacé par Retsin et par Pékakh, roi d'Israël. C'est Satan qui cherche à renverser le trône de David, mais Esaïe est chargé d'une bonne nouvelle puisque les deux agresseurs ne pourront accomplir leurs mauvais desseins. A propos de l'alliance de ces deux agresseurs, voir Ps. 89, 19-37. Au v. 4, par ces mots "deux bouts de tison fumants", il est évident que la fin de Retsin et d'Ephraïm est proche. Et Achaz, dans un même temps, entend cette révélation glorieuse: la naissance d'Emmanuel. Pourtant Achaz est indigne (cf v. 13 avec 2 Rois 16, 7). Ce chapitre comprend ainsi l'introduction d'un personnage: Emmanuel. Nous y avons aussi les grands principes du gouvernement de Dieu. Et Christ est l'accomplissement de la promesse de Dieu vis-à-vis de son peuple, ce peuple qui avait failli sous toutes les économies précédentes et qui avait attiré sur lui le gouvernement de Dieu. Et bien tout s'accomplit en Jésus. La famille de David a manqué et c'est en Christ seul que les Juifs trouvent la bénédiction qui s'attache à elle. Oui, c'est en la personne d'Achaz que la famille de David abandonne complètement la fidélité. Achaz imite l'autel qu'il a vu à Damas et le place dans le temple même de Dieu. Et bien, lorsque tout vient ainsi à manquer, la prophétie introduit la promesse de Christ afin d'être l'appui des fidèles. Et ce signe devait être dans la famille de David. C'est de toute importance. Oui, le Messie devait se montrer en Israël et Israël se montrer infidèle malgré la présence du Messie. Ce qui est en cène ici, c'est la maison de David et non Israël seul. Dans ce chapitre, remarquons que ce qui manque moralement au chrétien, c'est la conscience de sa relation avec Dieu, tout comme Israël avait abandonné Dieu pour se mettre avec Retsin. Quant au peuple de Dieu, ce n'est pas la force de l'ennemi qui est redoutable mais c'est son iniquité qui l'affaiblit. Oui, si nous cherchons un appui quelconque dans ce monde, Dieu nous abandonne, nous laissant subir les conséquences de notre choix. D'un côté, Pékakh et Retsin n'avaient aucune force contre Juda car Dieu ne voulait pas livrer Jérusalem à ces deux rois mais Achaz, craintif et incrédule, s'appuie sur l'Assyrien et c'est à lui qu'Israël doit être livré. En attendant, le vrai libérateur, le véritable appui, savoir Emmanuel, est présenté aux fidèles. Ainsi donc Achaz ne s'appuie pas sur Dieu. Et le roi d'Assyrie, sur lequel il s'appuie, devient pour lui un châtiment. Voilà ce qu'il faut craindre, c'est que Dieu prenne la verge. Il fait venir les ennemis, les mouches, l'ennemi qui pique puis le rasoir d'Assyrie qui rase tout, selon
v. 17 à 20. Dieu veut être notre force mais le cœur de l'homme ne le veut pas.

Ainsi, le ch. 7 donne en Achaz un exemple de l'endurcissement qui sera celui du peuple et du jugement qui l'atteindra (cf ch. 6, 9-10). Dans les v. 1 à 9, il y a un événement qui est prêt à se produire. C'est ce résidu qui revient de Shear-Jashub. Ce grand fait est comme enfanté par le prophète et l'accompagne partout. Il est à la base de tout ce qui va arriver. Remarquons que la prophétie précédente se terminait sur la promesse d'une semence sainte (ch. 6, 13).

L'Assyrie et Israël veulent détruire la semence de David. Achaz ne médite que cela mais Dieu a en vue Emmanuel et il annonce la destruction de ces deux ennemis de Juda. Puis au bout de soixante-cinq ans (v. 8), Ephraïm cessera d'être un peuple (2 Rois ch. 17, 6+). Dans les v. 10 à 17, Dieu veut en donner la confirmation à Achaz par un signe. Mais Achaz qui a mis sa confiance en l'Assyrie refuse sous prétexte de ne pas tenter l'Eternel, comme si l'Eternel, quand il fait une promesse, pour en revenir ou l'avoir annulée. C'est de l'incrédulité. Cela lasse la patience de Dieu mais ne l'empêche pas de donner un signe quant à la personne d'Emmanuel, le fils de la vierge, qui est donné comme un petit enfant dont Dieu suit la croissance parmi les autres, nourri comme eux, jusqu'à l'âge de savoir rejeter le mal et choisir le bien. A lui se rattache le retour du Résidu (Shear-Jashub) dans un temps futur. Et dans ce temps futur, le résidu ne sera pas délivré de Samarie mais de l'Assyrien des derniers jours (voir ME 1891 p. 69-70). A noter que l'enfant du v. 14 (Emmanuel) n'est pas le même que celui du v. 16 (qui se réfère plutôt à Shear-Jashub). Pour l'un il y a le terme de fils et pour l'autre d'enfant. Distinction. Si l'on compare encore les v. 13-14 avec les v. 16-17, on constate que l'enfant du prophète, Shear-Jashub, a le caractère d'un signe (cf ch. 8, 18), cependant un signe distinct de celui du grand signe de la vierge. Esaïe aura aussi un nouveau fils (ch 8, 1) dont son nom signifie "hâte du butin" et "promptitude du pillage". En ce temps là et avant qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien, Israël, la Syrie, la Samarie, Damas, seront détruits. Mais l'Assyrien auprès duquel Achaz avait cherché du secours sera contre Juda. L'Assyrien sera la verge de la colère de Dieu. Ainsi nous avons jusqu'ici l'assurance prophétique d'un retour du résidu, la promesse de la venue du Messie, Dieu avec nous, mais une tribulation sans précédent tombant sur Juda. Et cette tribulation trouve son expression dans l'Assyrien de la fin.

Alors, dans les v. 18 à 25, il y a la présentation du temps de la désolation amené par le conflit entre l'Egypte et l'Assyrie, le roi du midi et le roi du nord. Toutes choses servent l'Eternel pour l'accomplissement de ses desseins. A son appel (il sifflera), la mouche et l'abeille accourront. La mouche symbolise ici l'Egypte et rappelle à Israël que l'incrédulité du Pharaon avait attiré cette plaie désastreuse sur son pays (Ex. 8, 20-24). La désobéissance d'Israël le mettait à la merci des plaies de l'Egypte Ex. 15, 26), ainsi que de sa puissance (2 Rois 23, 31 à 35). Les abeilles, en grand nombre, poursuivent et environnent ceux qu'elles attaquent (Deut. 1, 44 et Ps. 118, 12). L'abeille représente ici l'Assyrie qui s'acharnera sur Israël. L'image du rasoir de louage pris au delà du fleuve, exprime à la fois l'étendue des ravages annoncés et la honte du peuple, car "il enlèvera aussi la barbe", causant deuil et humiliation pour Israël (2 Sam. 10, 4-5; Es. 15, 2; Jér. 41, 5). La fin du chapitre décrit la désolation du pays après le passage de l'Assyrien. La réponse de l'Eternel à l'incrédulité d'Achaz rappelle sa réponse à l'égard d'Adam: à trois reprises, en effet, Esaïe annonce que les ronces et les épines, fruits d'un sol placé sous la malédiction (Gen. 3, 18), vont remplacer les vignes et les cultures, illustrant l'avertissement toujours actuel: celui qui sème pour la chair, moissonnera, de la chair, la corruption (Gal. 6, 8).

Ainsi, ce conflit ne laissera rien subsister de Juda: tout le pays ne sera que ronces et épines; par l'Assyrien, Juda sera réduit à l'état du petit enfant qui vient de naître (v. 22). Mais c'est dans cette condition qu'il pourra rencontrer Emmanuel.

Chapitre 8

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël

Chapitres 7 à 9 v. 7
Ils contiennent la prophétie d’Emmanuel, avec la terre d’Emmanuel, et du Résidu. Il y a aussi la prophétie de l’Assyrien quand Emmanuel est là..
Ch. 8.1-17 l'histoire prophétique d'Israël / les dévastations de l'Assyrien

1 Et l’Éternel me dit: Prends-toi une grande plaque, et écris dessus avec un style d’homme: Maher-Shalal-Hash-Baz*. 2 Et je me pris de fidèles témoins pour témoigner, Urie, le sacrificateur, et Zacharie, fils de Jebérékia. 3 Et je m’approchai de la prophétesse, et elle conçut, et enfanta un fils; et l’Éternel me dit: Appelle son nom: Maher-Shalal-Hash-Baz; 4 car avant que l’enfant sache crier: Mon père, et, Ma mère, on emportera la puissance* de Damas et le butin de Samarie devant le roi d’Assyrie.
5 Et l’Éternel me parla encore, disant: 6 Parce que ce peuple rejette les eaux de Siloé qui vont doucement, et qu’il trouve son plaisir en Retsin et dans le fils de Remalia; 7 à cause de cela, voici, le Seigneur fait monter sur eux les eaux du fleuve, fortes et grosses, le roi d’Assyrie et toute sa gloire; et il montera sur tout son lit, et s’en ira par-dessus tous ses bords; 8 et il traversera Juda, il débordera et passera outre, il atteindra jusqu’au cou; et le déploiement de ses ailes remplira la largeur de ton pays, ô Emmanuel.
9 Associez-vous*, peuples, et vous serez brisés; et prêtez l’oreille, vous tous qui habitez au loin sur la terre! Ceignez-vous, et vous serez brisés! Ceignez-vous, et vous serez brisés! 10 Prenez un conseil, et il n’aboutira à rien; dites la parole*, et elle n’aura pas d’effet: car *Dieu est avec nous**. 11 Car ainsi m’a dit l’Éternel avec main forte, et il m’a averti de ne pas marcher dans le chemin de ce peuple, disant: 12 Ne dites pas conjuration, de tout ce dont ce peuple dira conjuration, et ne craignez pas leur crainte, et ne soyez pas effrayés; 13 l’Éternel des armées, lui, sanctifiez-le, et que lui soit votre crainte, et lui, votre frayeur; 14 et il sera pour sanctuaire, et pour pierre d’achoppement et rocher de trébuchement aux deux maisons d’Israël, pour piège et pour lacet aux habitants de Jérusalem. 15 Et beaucoup d’entre eux trébucheront, et tomberont, et seront brisés, et enlacés, et pris. 16 Lie le témoignage, scelle la loi parmi mes disciples. 17 Et je m’attendrai à l’Éternel qui cache sa face de la maison de Jacob, et je l’attendrai.
18 Voici, moi et les enfants que l’Éternel m’a donnés, nous sommes pour signes et pour prodiges en Israël de la part de l’Éternel des armées qui demeure en la montagne de Sion. 19 Et s’ils vous disent: Enquérez-vous des évocateurs d’esprits et des diseurs de bonne aventure, qui murmurent et qui chuchotent, … un peuple ne s’enquiert-il pas de son Dieu? [ira-t-il] aux morts pour les vivants? 20 À la loi et au témoignage! S’ils ne parlent pas selon cette parole, il n’y a pas d’aurore pour lui*.
21 Et il passera là, affligé et ayant faim; et il arrivera que, lorsqu’il aura faim, il se dépitera, et maudira son roi et son Dieu; 22 et il regardera en haut, et il fixera son regard sur la terre, et voici la détresse et les ténèbres, l’obscurité de l’angoisse! et il est repoussé dans d’épaisses ténèbres.

v. 1 : Qu’on se dépêche de butiner, on hâte le pillage. — v. 4 : ou : les richesses.
v. 9 : ou : Poussez des cris de guerre ; quelques-uns : Soyez méchants. — v. 10* : litt.: dites parole. — v. 10** : hébreu : Emmanuel.
v. 20 : c. à d. pour le peuple.

Commentaires
Ce chapitre met en scène, dans les v. 1 à 20, l'enfant prophétique annoncé au ch. 7, 16. Son nom, Maher-Shalal-Hash-Baz signifie "qu'on se dépêche de butiner, on hâte le pillage". Cela signifie aussi la dévastation des deux ennemis de Juda, c'est-à-dire Israël et la Syrie, par l'Egypte. Cette mise en cène de l'enfant se trouve dans les
v. 1 à 4. Et dans les v. 5 à 8, nous apprenons que c'est l'Eternel, et même Achaz, qui suscite l'Assyrien contre les dix tribus jointes à la Syrie. Mais l'Assyrien sera aussi la verge de l'Eternel contre Juda quoique, pour l'instant, il passera outre. Mais il remplira plus tard le pays d'Emmanuel, selon v. 14. Ceci reporte la prophétie au temps de la fin.

Dans les v. 9 à 17 Emmanuel est annoncé. Il devient la confiance du résidu. Oui, toutes les associations des peuples et de l'Israël incrédule se terminent par le brisement des nations (v. 9), puis par celui des maisons d'Israël et de Juda (au v.14). Quant à Emmanuel, il mettra fin à tous ces conseils d'hommes, selon v. 10. Et le résidu, au v. 11, est préservé par la présence d'Emmanuel de marcher dans le chemin d'Achaz, de craindre les conjurations de Samarie et de Damas, au v. 12. Quant à l'Eternel, lui seul doit être la crainte d'Israël et le salut du résidu, mais Emmanuel sera pour sanctuaire au Résidu et pour piège et lacet aux habitants de Jérusalem qui n'ont pas confiance en l'Eternel (au v. 14). C'est ce qui est arrivé à la première venue de Christ en ce que beaucoup ont été enlacé. Mais les disciples, tout comme le résidu de Juda, sont préservés et seront sauvés (cf Rom. 9, 33 qui est une citation du v.14). Au v. 14, nous avons ce signe qui est refusé par Achaz, à savoir le don d'Emmanuel. C'est le signe de la vraie délivrance, mais en même temps est annoncé le jugement que Juda attire sur lui par son iniquité. Ce jugement aura lieu par le moyen du roi d'Assyrie qui réduira le pays en désolation. Cela donne lieu, dans ce ch. 8, à la prophétie qui prédit le jugement des derniers jours.

Dans les v. 18 à 20, nous y avons Esaïe, type de Christ, qui parle. Il y a la présentation d'un résidu à Juda et le jugement de la masse du peuple. Tout ce qui est annoncé aura lieu. Mais en même temps le prophète touche aux événements d'alors. Quant à Israël, il sera un prodige devant Dieu pendant ce temps de rejet puisque, comme Saül, il s'adonnera aux évocateurs d'esprits et ira aux morts pour les vivants. Quant au Résidu, il s'enquerra du Messie et tiendra ferme. Oui, ils retourneront à la loi et au témoignage. C'est le canal pour l'aurore milléniale. Ainsi donc les deux enfants prophétiques sont d'un côté le témoignage du jugement et de l'autre, de la restauration.

Les deux derniers versets de ce chapitre 8 (v. 21 et 22), font partie de la prochaine section qui va jusqu'au ch. 9, 7. Dans cela, nous avons comme un appendice à la troisième série qui nous montre, dans ces v. 21 et 22, l'état de ceux qui ne font pas partie du résidu croyant de la fin, c'est-à-dire que nous y avons l'affliction, la tribulation, les malédictions, qui sont la part de l'incrédulité contre Christ (ch. 5, 30). Ainsi, sur la terre, il n'y a que des détresses, des ténèbres et des angoisses. Même le roi sera maudit, ce roi qui est sans doute l'Antichrist.

Juste un mot sur les v. 1 à 7 du ch. 9. Le prophète y prend comme point de départ le temps où le Christ sera présent dans le pays pour arriver au temps de son retour. Il introduit la délivrance des derniers jours et encourage le résidu. Ce dernier avait le Christ (v. 1 et 2) mais il l'aura à la fin, rétablissant le peuple dans la jouissance de toutes les promesses.

Dans ce chapitre, l'imminence du jugement de Samarie et de Damas est confirmée par deux avertissements: une grande plaque sur laquelle est écrit "Maher-Shalal-Hash-Baz", et la naissance d'un fils du prophète qui porte le même nom signifiant "Qu'on se dépêche de butiner". Mais Juda doit prendre garde. Il rejette les eaux paisibles de Siloé qui veut dire "envoyé". L'interprétation est donnée en Jean 9, 7.Là, l'aveugle-né s'y rend sur l'ordre de Jésus et revient voyant. La puissance de l'Esprit et de la Parole, faisant connaître Christ comme l'envoyé du Père, lui donne la vue. Achaz et Juda rejettent l'Envoyé, Emmanuel: il ne reste pour eux que le jugement. Dès lors, le temps est proche où le déploiement des ailes du roi d'Assyrie remplira la largeur du pays d'Emmanuel (v. 8).

Les deux grands principes qui dominent toute la prophétie d'Esaïe sont
: le Messie lui-même et d'autre part l'Assyrien. Le peuple a refusé le premier. Il aura à faire au second. Dans Esaïe et dans le chapitre 8, pour garder le fil conducteur dans les paroles prophétiques, n'oublions pas que le peuple rebelle et apostat est tantôt en vue dans son ensemble, comme dans les
versets 11, 14, 15, 19 … ainsi que le résidu fidèle auquel l'esprit s'adresse également ici. La citation du v. 18 dans Héb. 2, 13 nous permet de voir, dans le prophète et ses fils (ch. 7, 3 et 8 v. 1): Christ se présentant devant Dieu avec ses disciples, selon v. 16. Il les appelle "ses frères" selon Jean 20, 17. Quant à l'Assyrien, il est comparé à un fleuve dont les eaux montent, débordent, et atteignent jusqu'au cou. Mais arrivé là, Dieu revendique contre lui les droits de Christ. Dans l'ordre des passages, la prophétie commence au ch. 7 et se termine au ch. 9, 7. Et il y a une liaison selon ch. 5, 26 et ch. 9, 8, en relation avec l'histoire générale d'Israël. Les chapitres 6, 7, 8 et 9 v. 6-7 sont une parenthèse pour introduire le Messie. Ayons soin de ne pas craindre la proximité de Dieu.

Ce ch. 8, mis en rapport avec Jérémie ch. 15, fournit une instruction très précieuse quant à l'attitude des fidèles au sujet des difficultés lors d'alliances, humiliation en commun et rassemblement. Ces difficultés ne sont pas seulement aux jours d'autrefois mais de tous les temps.

 

Chapitre 9

Chapitres 1 à 39 : Israël, les nations, l’Assyrien
Chapitres 1 à 12 : L’histoire prophétique d’Israël